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Paul Nizan

Paul Nizan (1905-1940)

"Saint-Nazaire, n'était pas une de ces vieilles idoles de villes, immobiles, rêvassant dans un corset de murailles, de bastions et de mémoire"

Essayiste, journaliste,romancier marxiste, Nizan démissionne du PCF en 1939 . Sa mort au début de la guerre le fait entrer dans l'oubli. C'est Jean-Paul Sartre, en 1960, qui lui organise une seconde entrée en littérature, en rééditant son pamphlet "Aden-Arabie". Le héros de son roman "Antoine Bloyé" est nazairien .

"Saint-Nazaire n'est pas une de ces idoles de villes, immobiles, rêvassant dans un corset de murailles, de bastions et de mémoire, où sous les coins racontent une antiquité dont les gens se souviennent avec orgueil. Un jour, sur les sables bas, il y avait eu une cité celtique, puis une cité ornée de chapelles par les nouveaux chrétiens et Saint-Grégoire de Tours avait parlé de cette nouvelle ville : puis ce début d'histoire s'était évanoui, il y avait eu un village de pêcheurs oublié sur ses dunes et ses débris de coquillages.(...) Les journaux se mirent à parler de la future cité de l'Atlantique sud ; L'illustration publiait des gravures sur bois plus compliquées que la nature qui représentaient les futurs monuments. On lisait dans les feuiles de Paris : "Faut-il s'étonner des vives émotions qui surexitent l'opinion quand on voit Saint-Nazaire, une simple bourgade perdue dans un pli des rives de l'Atlantique s'élever en quelques années à la hauteur de nos premières cités maritimes ?" Les journaux se laissaient aller à des élans trop faciles : "Tout rappelle à Saint-Nazaire, disaient-ils, les féériques créations que les placers du Sacramento ont fait naître en Californie..."