Henri Calet (1903-1956)
"Je fis mon entrée à Saint-Nazaire à l'heure de la sortie des chantiers et je fus pris dans une foule d'ouvriers à vélo."
Né dans un quartier populaire de Paris, journaliste et écrivain, Henri Calet a placé son oeuvre sous le signe de l'autobiographie et du vagabondage. Quand en 1955, il écrit "La Loire à la paresseuse" qui paraîtra dans "Cinq sorties de Paris", cette promenade d'amont en aval se termine à l'estuaire de la Loire : "Noyée, à Saint-Nazaire."
"A l'horizon, ce fut brusquement un décor métallique : des grues, des ponts roulants, des usines. Je fis mon entrée dans Saint-Nazaire à l'heure de la sortie des chantiers et je fus pris dans une foule d'ouvriers à vélo. A la porte d'un établissement de douches, il y avait une file d'attente : nous étions samedi. J'étais content de me trouver dans un port véritable. (...) L'instant de l'adieu est arrivé. Je me portai au bout de la jetée, près du phare. Cette eau agitée de vaguelettes, ou plutôt de frissons, à mes pieds, c'était elle encore. Quelle transformation en peu de temps ! Elle était devenue saumâtre, boueuse même. Où étaient nos beaux châteaux de la Touraine ? Il n'en restait plus qu'un reflet. Elle affluait dans la mer. Mais un fleuve ne meurt point vraiment. Ce mouvement qui ne finit pas, c'est celui d'une artère qui porte le sang à son coeur. Et il se trouve que le coeur de la Loire, c'est l'Océan. Une histoire qui n'aura probablement pas de fin.
Mais il fallait se séparer. Ainsi s'est achevée notre trop brève, notre printanière liaison."




