Julien Gracq (1910-2007)
« Et pourtant, des villes réelles, une me toucherait encore jusqu'à l'exaltation : je veux parler de Saint-Nazaire »
Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier, était né le 27 juillet 1910 à Saint-Florent-le-Vieil dans le Maine et Loire. Professeur de lettres et écrivain, il est mort le 22 décembre 2007 à Angers. Il avait écrit de très belles pages sur Saint-Nazaire.
En 1925, le jeune Louis avait assisté au lancement du paquebot Île de France. Cet événement le marqua profondément. Il ressentit alors l’âme de la ville qu’il traduisit dans une émission radiophonique en 1925 : « Cela me faisait un peu comprendre, de façon parlante, ce qui m’émeut surtout dans le sentiment de départ. (…) En somme, le sentiment d’appareillage, plutôt que celui de destination ». De son style inimitable, il définira quelques années plus tard sa perception des villes, décrira « la ville idéale sans embonpoint des banlieues » : « Villes ! – Trop mollement situées ! Et pourtant, des villes réelles, une me toucherait encore jusqu'à l'exaltation : je veux parler de Saint-Nazaire ».
Ville où je me suis senti le plus parfaitement
L’écrivain fit une deuxième rencontre avec la navale nazairienne. En 1934, il découvre le paquebot Normandie en finition aux Chantiers de Penhoët, une ville « haute de trente mètres et visible mieux que les clochers de Chartres à dix lieues à la ronde. (…) Ville glissant de partout à la mer comme sa voguante cathédrale de tôle, ville où je me suis senti le plus parfaitement dériver comme la gabare sans mâts du poète sous son doux ciel aventureux. »
En octobre 1941, alors que Saint-Nazaire connaît ses premiers bombardements, il craint l’anéantissement de la ville qui le fascine : «Mais ce Saint-Nazaire que je rêve du fond de ma chambre existe-il encore ? »
Dans son ouvrage de 1986, La forme d’une ville, Gracq fera une véritable déclaration d’amour au port, la raison d’être de Saint-Nazaire : « le vrai port pour moi (…) c’était Saint-Nazaire : vraiment, lui, une porte océane, où le vent du large ridait perpétuellement les flaques du boulevard de Villès-Martin ».
Il refuse le prix Goncourt
Se tenant à l'écart de la vie mondaine parisienne et des médias, il refuse le Prix Goncourt en 1951. Il ne vécut jamais de son écriture mais de son métier d’enseignant. Il resta fidèle à son petit éditeur José Corti – il n'a changé d'éditeur qu'à l'occasion de la publication de ses œuvres complètes chez Gallimard dans la Pléiade -.
On retrouve plusieurs citations de Saint-Nazaire dans ses ouvrages, tel La littérature à l’estomac, ou bien encore dans une préface au Béatrix de Balzac, « Saint-Nazaire, où elle débarque (Béatrix, l’héroïne du livre), minuscule bourgade dans le livre, a disparu. (…) Mais les rochers guettent toujours vers le large les merveilles et les signes, et la mer, image de la Rencontre, jusque dans les humbles trésors du sable, reste l'énigmatique Médiatrice (...). ».
Il vécut avec simplicité dans son village natal, avec sa sœur, dans la maison de famille. Un malaise l’a emporté à l'âge de 97 ans, après avoir signé 19 ouvrages qui ont fait de lui une figure éternellement vivante de la littérature française. A lire ou à relire absolument.
Pour mieux connaître son œuvre
Au château d'Argol, roman (1938)
Un beau ténébreux, roman (1945)
Liberté grande, poèmes (1946)
André Breton, quelques aspects de l'écrivain, essai (1948)
Le Roi pêcheur, théâtre (1948)
La Littérature à l'estomac, pamphlet (1950)
Le Rivage des Syrtes, roman (1951) : prix Goncourt, refusé par l'auteur.
Prose pour l'étrangère, tiré à 63 exemplaires, HC (1952)
Un balcon en forêt, roman (1958)
Préférences, essais (1961)
Lettrines I, « cahiers » (1967)
La Presqu'île, nouvelles (1970)
Lettrines II, « cahiers » (1974)
Les Eaux étroites, récit (1976)
En lisant en écrivant, « cahiers » (1980)
La Forme d'une ville, essai (1985)
Autour des sept collines, « cahiers » (1988)
Carnets du grand chemin, « cahiers » (1992)
Entretiens, volume d'entretiens (2002)
Ses Œuvres complètes (jusqu'en 1992) ont été éditées en deux volumes dans la Bibliothèque de la Pléiade en 1989 et 1995.




