Pierre Loti (1850-1923)
"Arrivé le matin à Saint-Nazaire"
L'un des grands illustrateurs de l'oeuvre romanesque autobiographique a lui aussi livré ses souvenirs d'escales portuaires au sein desquels Saint-Nazaire prend tout naturellement sa place. Loti en observateur sensible donne moins d'importance dans son récit aux intrigues qu'aux atmosphères, décrites selon un art impressionniste.
Alors qu'il est affecté sur les côtes bretonnes à bord du navire La Moselle, Loti écrit dans son journal intime :
"Saint-Nazaire, samedi 15 mars (1878)
Longue promenade sur les plages du Porcet, - plages de sable fin, bordées de hauts rochers de granits, que tapissent du lierre et des fleurs roses. Dévalisé les jardins pour remplir une caisse de camélias destinée à Sarah Bernhardt."
"28 juillet (1879)
Arrivé le matin à Saint-Nazaire.
Une première journée d'été et de grande chaleur. On se sent renaître. Au soir, suivi les bords de la Loire avec Yves, par un sentier bordé de grands chardons fleuris et de scabieuses, sur lesquels volent des milliers de phalènes grises.
A neuf heures et demie le pauvre petit matelot Deloeuvre se noie en se baignant le long du bord (dix-neuf ans)? Il fait noir ; on a grand peine à le retrouver. Au bout d'une demi-heure, Yves et le maître charpentier le repêche avec une gaffe, mais déjà mort. On le couche dans la soute à voile..."




